Le volontariat est essentiel à l’économie sociale solidaire internationale

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La conférence 2014 d’International Volunteer Cooperation Organisations (IVCO) a eu lieu du 19 au 22 octobre à Lima au Pérou. Forum, un réseau mondial d’organismes de volontariat international, a organisé l’IVCO 2014 conjointement avec Uniterra, le plus grand programme canadien de volontariat international, mis en oeuvre conjointement par le CECI et l'EUMC. Parallèlement, Uniterra organisait un Séminaire international du 13 au 24 octobre. Le mercredi 22 octobre, les deux événements ont fusionné alors que tous les participants du Séminaire d’Uniterra ont assisté à la conférence d’IVCO.

Un des moments forts de l’IVCO 2014 était une vidéoconférence avec Amina J. Mohammed, conseillère spéciale du Secrétaire général sur la planification du développement après 2015 diffusée à partir du siège de l’ONU à New York. La période de questions et de réponses qui a suivi a abordé le thème de la place du volontariat international dans les Objectifs de développement durable (ODD) de l’après-2015.

Discours par visioconférence de Amina J. Mohammed

La plupart des organisations de la société civile ont pris part au processus d’élaboration des ODD de l’après-2015. De même, Forum plaide pour la reconnaissance officielle du volontariat international dans les prochains ODD. Une déclaration, la Lima Declaration (en anglais seulement), qui porte sur le volontariat international et les futurs ODD a été adoptée lors de cette conférence.

Beaucoup de discussions et de débats forts intéressants ont eu lieu durant l’IVCO 2014 en particulier sur la place donnée par la plupart des pays de l’OCDE, y compris le Canada, à l’engagement du secteur privé. On s'accorde pour dire que travailler avec de petites et moyennes entreprises (PME) n’est pas un problème; c’est une pratique qui existe déjà. Cependant, lorsqu’il s’agit de collaborer avec de grandes multinationales, il y a des problèmes importants.

Quelques conférenciers ont mentionné qu’environ deux tiers des programmes de responsabilité sociale des entreprises (RSE) sont des échecs. Beaucoup d’entreprises qui ont des programmes de RSE le font pour faire bonne figure, mais ne sont pas véritablement engagées. Quelques-unes font plus d’efforts. Par exemple, certaines d’entre elles poussent leur personnel à s’impliquer personnellement dans le secteur bénévole. Ces entreprises comprennent que le volontariat peut être une expérience enrichissante tout en aidant des personnes dans des situations moins favorisées.

Un enjeu sur lequel il ne semble pas y avoir consensus est l’implication des sociétés minières dans le développement international, dont la plupart ont leur siège au Canada. Certains refuseraient catégoriquement de signer un accord avec de telles sociétés. D’autres semblent plus flexibles et fondent leur décision sur le degré d’implication des sociétés minières dans l’aide aux collectivités et à la protection de l’environnement. Néanmoins, d’après ce que j’ai peu entendre une tendance se dégage clairement. « Nous n’établirons pas de partenariats avec des sociétés minières, mais avec les collectivités où les compagnies minières opèrent. » Il s’agirait par exemple d’aider les communautés à établir des entreprises qui emploient des personnes de ces collectivités et qui offrent des services d’entretien et de restauration au personnel travaillant dans les sociétés minières. Comme nous avons pu l’entendre lors du séminaire d’Uniterra, le programme Uniterra a contribué à créer ce genre d’entreprise au Burkima Faso. L’entreprise est gérée par un groupe de jeunes et dessert différentes régions minières du pays. Une entreprise similaire existe en Abitibi au Québec. Elle offre des services d’entretien de machinerie à l’industrie minière.

Séminaire d'Uniterra

Le programme de l’IVCO 2014 lors du Séminaire comprenait un atelier sur l’économie sociale et solidaire (ESS) dans lequel le RCDÉC, partenaire d’Uniterra depuis 2005, a pris la parole. C’était l’occasion de partager avec les 25 personnes participant à l’atelier le travail réalisé pour intégrer l’ESS dans les ODD pour l’après 2015. L’atelier a également souligné le travail de deux organismes : Tikonel, un organisme du Guatémala qui travaille avec 1 700 producteurs autochtones afin d’améliorer leur quotidien et Red OEPAIC, un réseau de personnes œuvrant à la confection et la vente de produits artisanaux en Bolivie.

Le 22 octobre, le Séminiare d’Uniterra a rassemblé les participants des 13 pays qui seront impliqués dans le programme Uniterra de 2015-2020 (la confirmation du financement est attendue d’ici 2 à 3 mois). Malheureusement, nos amis du réseau du Mali (RENAPESS; ils ont dans le passé participé aux conférences du RCDÉC) n’ont pas pu être là à cause de problème de visa. Le Séminaire était une excellente occasion pour tous les participants d’en apprendre davantage sur le prochain programme qui sera plus centrer sur le développement économique et d’entreprises que les deux premiers programmes (2004-2009 et 2009-2014).

L’engagement bénévole des membres du RCDÉC dans le programme 2015-2020 sera important, car en tant que praticiens, et souvent spécialiste, de DÉC nous pourrons mieux nous intégrer aux nouvelles priorités. Cependant, il y a toujours des enjeux pratiques. Comme le mot le suggère, être « volontaire » se traduit par un congé sans solde. Peu de membres du RCDÉC peuvent se le permettre à part de temps en temps pendant de courtes périodes (deux semaines de vacances ou de congé sans solde).

La délégation du Népal avec Yvon Poirier
(de gauche à droite) : Sagun Bista, CECI;
Meena Pokhrel, Nepal Agricultural Central
Cooperative Federation; Keshava Koirala, CECI

Néanmoins, ceux qui font du volontariat auront leurs dépenses payées. Pour certaines personnes, les missions plus longues (p. ex. 1 à 2 ans) représentent un moyen d’apprendre de nouvelles compétences, de nouvelles langues, etc. Nous avons l’expertise, mais comment arriver à faire du volontariat est un enjeu important.

La conférence d’IVCO et les réunions d’Uniterra ont donné de très bonnes occasions de rencontrer de nouvelles personnes et de renouer avec des personnes rencontrées à d’autres occasions. Ce fut le cas avec la délégation du Népal. Alors que c’était la première fois que je rencontrais ces trois personnes, nous avions des amis communs rencontrés à d’autres occasions. J’ai hâte de renouer ces liens au cours de prochaines rencontres internationales.


Yvon Poirier est président du Comité international du RCDÉC et secrétaire du Conseil d’administration. Il a une longue histoire dans les mouvements syndicaux et sociaux au Québec et au Canada et il a été très actif dans le Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS). Il représente la CDÉC de Québec au RCDÉC.